J'AI PRIS UN VERRE AVEC... LOLITA CHAMMAH

« J'étais une adolescente très classique »
Par Frédéric Mercier
le Mercredi 31 Mai 2017

verre avecL'année 2017 sera l'année de Lolita Chammah. Ou pas. Elle est à l'affiche de Drôles d'oiseaux d'Elise Girard, la réalisatrice de Belleville Tokyo. On l'a vue en début d'année dans L'Indomptée de Caroline Deruas et on l'a fortement admirée dans Barrage, le film luxembourgeois de Laura Schroeder qui a fait sensation à Berlin mais qui n'a pas encore de date de sortie prévue. À l'hôtel de L'Abbaye, rue Cassette dans le VIe arrondissement, Lolita Chammah m'a donné rendez vous dans le quartier où réside sa famille, c'est- à-dire son père, le producteur Ronald Chammah et sa mère, Isabelle Huppert. Pas très loin, il y a même le Christine 21, anciennement Action Christine, une salle de cinéma mythique qui appartient désormais à son père et son frère et où a été tournée une des plus belles scènes de Drôle d'oiseaux. Elle même vit plutôt du côté des Arts et Métiers, là où nous devions nous rencontrer avant qu'elle ne change d'avis. Elle commande un citron pressé, regarde souvent son téléphone. Elle doit partir rapidement juste après. Je lui dis être étonné qu'elle soit autant sollicitée par les réalisatrices et peu par les hommes. Elle même ne sait pas trop pourquoi et m'explique qu'elle tourne actuellement une série pour Laetitia Masson. « Elles voient en moi quelque chose que je ne saisis pas. Elise Girard a écrit le rôle pour moi. Exactement comme Sophie Letourneur dans Gaby Baby Doll. Je sais aussi que j'inspire des personnages burlesques. » Depuis le début de sa carrière professionnelle en 2000, cette jeune mère de famille née en 1983 aura tourné et été la muse de Laurence Ferreira Barbosa, Claire Denis, Coline Serreau et Mia Hansen-Love. Pour elle, « il y a vraiment une génération de cinéastes femmes qui est en train d'émerger. » Elle me parle du féminisme de Céline Sciamma avec qui elle vient juste de boire un verre. Mais ses choix à elle n'ont rien à voir avec le féminisme. « Je n'ai jamais connu sur les plateaux d'agressivité de la part des hommes. Il y a peut être quelque chose en moi, dans ma nature, qui me protège, qui sait ? Mon féminisme est donc plus théorique qu'empirique. Je crois aussi qu'il faut se méfier du féminisme radical. » Dans Drôle d'oiseaux, elle joue Mavie, une provinciale, débarquée à Paris, qui ne supporte pas d'entendre la copine qui l'héberge faire l'amour nuit et jour. Elle tombe sous le charme d'un libraire âgé et mystérieux campé par Jean Sorel. Entre eux, se noue une histoire qui tient à la fois de la rêverie et de l'amour courtois : « C'est une rencontre d'âmes, de discussions littéraires, une histoire d'amour platonique et mental. » Une fois de plus, avec son visage très blanc, ses longs cheveux roux, elle campe un personnage en décalage avec le monde contemporain: « Mavie a une vieille âme. Comme moi, peut-être ? J'étais une adolescente très classique, pas du tout punk. J'ai vu hier Grave. Je sais que Ducournau va tourner un film sur une serial killeuse. C'est le genre de rôle que j'essaierais bien. » Lolita Chammah en tueuse borderline. Voilà qui serait excitant et original.

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