J'AI PRIS UN VERRE AVEC... ESTHER GARREL ET LOUISE CHEVILLOTTE

« C'est un film du côté des femmes »
Par Frédéric Mercier
le Mercredi 31 Mai 2017

verre avecElles étaient deux. Une fois n'est pas coutume, Transfuge m'avait donné la possibilité de multiplier le plaisir en rencontrant deux comédiennes, les deux actrices, les deux muses merveilleuses du dernier film de Philippe Garrel, L'Amant d'un jour. Comme j'aurais aimé donner raison au titre de ce film et être cet inconnu d'un soir ! Mais c'était sans compter sur l'arrivée inopinée de Franck, le photographe, qui se pressa d'aller chercher un cocktail bien rouge et de disserter à mes côtés, ponctuant de remarques amusées chacune de mes questions, au point de me mettre mal à l'aise. Les deux femmes nous regardaient faire, pas dupes mais amusées par notre numéro. Elles nous avaient donné rendez-vous dans un hôtel particulier de Montmartre. Ilot préservé dans Paris que Franck connaît bien : il m'avait immédiatement évoqué l'étage aux allures de boudoir. Pour le moment, nous avons opté pour la terrasse et les cigarettes.

L'Amant d'un jour narre la rencontre de deux jeunes femmes du même âge, à la croisée de leur éducation sentimentale. L'une : Louise Chevillotte (dont c'est le premier rôle au cinéma) joue la maîtresse d'un prof de philo vieillissant et dissertant avec un peu trop de certitude sur le libertinage. L'autre, Esther Garrel, la fille du réalisateur, campe la fille de ce prof et peine à se remettre d'une rupture. Rarement a-t-on filmé avec autant de patience le mal d'amour qui peut rendre fou. Les yeux dans le vague, Esther m'explique que dans ce film Garrel a voulu comprendre le désir féminin. « C'est un film fait du côté des femmes. Philippe était attentif à nos remarques sur ce sujet. Si bien que je pouvais me permettre de lui dire quand il se trompait, au point de refaire parfois les dialogues ou les scènes. Ce qui est important pour lui, c'est la vérité et la logique des personnages. » Jalousie, complicité, amitié, rivalité et sororité forment le coeur des liens entre ces deux amoureuses qui font l'apprentissage du désir et du plaisir. Est-il possible de les concilier ? C'est la première fois qu'Esther Garrel joue un rôle si important chez son père. Elle pense que d'une certaine façon, l'idée du film a germé du désir de « Philippe » de tourner avec elle, après avoir filmé son frère Louis. Pour trouver Ariane, sa rivale et complice, elle a participé aux auditions aux côtés de son père. Quelques comédiennes se sont succédées à une table avec Esther. Parmi elle, Louise Chevillotte, issue du Conservatoire d'art dramatique, lieu qui fascine Garrel. « Ce qu'il cherche, m'explique Louise Chevillotte, ce n'est pas la justesse mais l'osmose entre comédiens. Avec un Polaroïd, il prend en photo la scène et regarde s'il se passe quelque chose entre ses acteurs. C'est très important pour lui que ça fonctionne entre eux, qu'ils soient à l'aise ensemble, qu'il y ait une forme d'évidence. Ca a été immédiat entre Esther et moi. Cela met les comédiens à l'aise au cours des neuf mois de répétition, de manière à ce qu'ils se sentent plus libres pour pouvoir mieux travailler et ainsi donner le meilleur lors de la fameuse première prise. » Osmose photographique, donc et synergie dans un film traversé par l'inconscient. Voilà qui parle à Franck, déjà debout, son matériel sous le bras, pour aller photographier les deux comédiennes. Au boudoir. Avant de monter, je vois son sourire. Il est aux anges.

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