ARTE, 25 ans après 

Peut-on former une culture européenne par la télévision ?
Par Mélissa Chemam
le Jeudi 21 Décembre 2017

arte7h30 du matin, par une chaude journée d'été, Paris Gare de l'Est. Le train pour Strasbourg part avec quelques minutes de retard et malgré une nuit difficile passée à s'occuper de sa fille malade, Emilie Aubry est calme et souriante. Comme chaque quinzaine, elle se rend dans les studios d'Arte GEIE pour l'enregistrement de THEMA, l'émission d'investigation de la chaîne qu'elle présente depuis septembre 2015.

Emilie a rejoint Arte en 2009, pour présenter l'émission Global Mag, consacrée à l'environnement. « J'étais alors journaliste politique sur LCP », raconte-t-elle sur la terrasse du siège strasbourgeois d'Arte, à notre arrivée. « L'équipe partait tous les dimanches soir pour une nouvelle ville européenne, l'émission m'a vraiment permis de découvrir l'Europe en profondeur ! » C'est Arte qui est venue la chercher. « Ma mère est éditrice et mon beau-père, Pierre-André Boutang, un grand homme de télévision, mais je pensais que ce n'était pas un univers pour moi. J'ai d'abord été attachée parlementaire, après une khâgne et Sciences Po. Ivan Levaï, qui m'a recrutée à LCI, et Véronique Cayla ont su me convaincre ». Véronique Cayla, présidente d'Arte France depuis 2016, lui a ensuite proposé de reprendre la présentation française de THEMA, une des émissions phares de la chaîne.

Ce lundi, Emilie enregistre une émission consacrée aux errances du monde de la finance, avec un invité en plateau. Comme elle, l'équipe est jeune ; le travail se déroule dans la connivence et la bonhommie. Le siège d'Arte Strasbourg respire une passion sincère pour l'Europe. Equipe franco-allemande, nouvelles recrues plus jeunes venant de Pologne, d'Espagne et d'Italie... Tout se mélange harmonieusement. Emilie ne parle pas allemand mais est bilingue en italien. Son binôme, Thomas Kausch, qui présente THEMA la semaine suivante, parle parfaitement anglais. Au printemps, THEMA s'est également rendue en Italie pour les 50 ans du Traité de Rome. Un peu plus tôt, en Grande-Bretagne pour une spéciale « Brexit ». « Nous menons une vie proche de celle des députés européens, beaucoup de voyages, de train et d'avion », raconte Emilie avec le sourire.

Le 7 juin, les équipes ont fêté à l'anniversaire de la chaîne dans les locaux alsaciens, qui ont une vue impressionnante sur le Parlement européen... C'est cela Arte, un univers à part, qui est passé du franco-allemand au paneuropéen en 25 ans d'existence.
Un projet qui pouvait paraître utopique en 1991.

Une chaîne OVNI, dotée de trois missions 

L'horizon principal pour la chaîne, après 25 ans, « c'est l'Europe, bien plus que le franco-allemand », insiste Vincent Meslet, ancien directeur éditorial d'ARTE France, qui a succédé à Jérôme Clément en 2013. « De la petite chaîne franco-allemande est né un maillon indispensable de la vie culturelle européenne ».

A présent, ARTE se concentre sur trois missions, selon lui : la défense de la mémoire commune des nations européennes, réunies après les tragédies de la Seconde Guerre mondiale, la défense de la culture et la défense de l'Europe... « forcément », insiste Meslet. Mais malgré le succès, ARTE reste un bouillon en perpétuelle évolution.

« C'est compliqué de définir Arte », reconnaît Bruno Patino, directeur éditorial d'Arte France depuis 2015. « Ses contradictions intérieures ont créé ses spécificités. La télévision est par nature un organe de répétition, un média de divertissement. Or nous sommes un lieu de création culturelle... De plus, Arte a cette double audience ; quoi que l'on propose, le contexte de réception ne peut pas être le même en France et en Allemagne. Il nous faut jouer sur ces contradictions ; elles ouvrent un espace. C'est ce qui nous définit, l'ouverture, le questionnement, d'où la place de l'investigation à l'antenne. Le franco-allemand a créé cela : la possibilité de sortir le regard de l'espace national ».

Petit rappel historique. Arte n'aurait pas vu le jour sans une rencontre politique, celle entre François Mitterrand et Helmut Kohl, qui, en 1986, font le pari de créer une chaîne de télévision à la fois culturelle et paneuropéenne. Acronyme d'Association relative à la télévision européenne, la « chaîne de service public à vocation culturelle européenne » est un groupement européen d'intérêt économique (GEIE) basé à Strasbourg, créé le 30 avril 1991 et composé à parité de deux pôles : Arte France (ancienne chaîne La Sept) et Arte Deutschland TV GmbH. Elle diffuse depuis le 30 mai 1992. Le principe : une parité de financement entre les deux pays, à partir de la redevance.

« Les Allemands n'étaient alors pas désireux d'un projet européen de plus grande ampleur, en partenariat par exemple avec la RAI italienne », rapporteVincent Meslet. « La France et l'Allemagne avaient déjà une conception différente de la culture et de l'audiovisuel ; avec une définition plus large en Allemagneet plus élitiste, parisienne, en France », ajoute Meslet... Côté allemand, les négociations se font de plus en plus sans les Länder de RDA... « La signature a eu lieu le 2 octobre 1991, la veille de la réunification », se souvient Andreas Schreitmüller, directeur de l'Unité « Cinéma et Fictions », basée à Strasbourg. « Helmut Kohl voulait à tout prix obtenir l'accord avec François Mitterrand car il craignait que la réunification allemande rende le projet impossible... Il avait travaillé à ce projet pendant cinq ans, avec Lothar Späth. C'était très symbolique pour l'avenir du pays, pour ne pas s'isoler en Europe. Mais certains Länder étaient beaucoup plus favorables au projet que d'autres, les Etats frontaliers, comme le Bade-Wurtemberg ».

Depuis, les Français trouvent le système de gestion de l'audiovisuel public d'Arte compliqué, insiste Andreas. « Les Allemands n'hésitent pas à se disputer pendant des heures en réunion de programme ; pour les Français, c'est impossible, il se mettent d'accord entre eux avant de venir à Strasbourg. Cela révèle des différences culturelles qui compliquent les discussions. Mais cela fait aussi la richesse d'Arte ! ».  

Les différences de culture créent des défis évidents dans la gestion de l'antenne. « On ne peut pas proposer aux Allemands un documentaire de 52 minutes sur un chanteur populaire français comme Claude François, ni un film comme Timbuktu, du Mauritanien Abderrahmane Sissako, sans se battre un peu. Notre but est de faire circuler la culture et ça marche. On l'a vu avec un film comme Good Bye Lenin !, de l'Allemand Wolfgang Becker, qui a eu un succès fulgurant en France. Ont ensuite suivi Sophie Scholl, La Chute et La Vie des autres. Les films avec des identités culturelles très marquées sont ceux qui marchent le mieux dans les autres pays européens, comme Bienvenue chez les Ch'tis de Dany Boon, L'Auberge espagnole de Klapisch, encore Gegen Die Wand de Fatih Akin ou encore Intouchables d'Éric Toledano et Olivier Nakache ». 

Longtemps accusée d'être très élitiste, surtout au début de l'ère Clément, critiquée par les producteurs allemands notamment – qui dénoncent les longues soirées à retransmettre les spectacles du Festival d'Avignon – Arte a depuis réussi son pari de devenir une chaîne culturelle ambitieuse tout en trouvant son public. Jusqu'à 2,5 % de part d'audience pour ses meilleurs programmes contre 0,5 à la fin des années 1990.

Du franco-allemand au reste du monde

Depuis les années 1990, la chaîne privilégie l'actualité internationale. Ce qui se voit bien dans ses journaux. « Le JT est par nature international et est devenu de plus en plus européen », explique Carolin Ollivier, la rédactrice en chef du pôle « Information » à Strasbourg. « Nous réalisons chaque jour deux sujets reportage et deux sujets culture, via la rédaction et notre réseau de correspondants ». Les journalistes contribuent également régulièrement à l'émission « Arte Reportage », diffusée l e samedi, dont l'équipe est constituée de trois reporters et d'un rédacteur en chef, Philippe Brachet. « Notre terrain est le monde dans son ensemble », insiste-t-il, « On travaille ensemble avec Carolin et l'équipe du JT, pour choisir les sujets et suivre l'actualité d'un point de vue international, pas seulement français ou allemand ».

En onze ans d'existence, « Arte Reportage » a produit 500 numéros et près 1400 reportages dans 150 pays, Etats-Unis, Chine, Russie, Palestine et Afghanistan en tête. Ces deux dernières années, l'accent a été mis sur la Syrie, l'Ukraine, la crise des réfugiés et le Brexit. Dans les journaux, les sujets sur la France doivent être traités pour intéresser aussi l'audience allemande et réciproquement... De même, l'intérêt naturel des Allemands pour l'actualité est-européenne et celui des Français pour les sujets méditerranéens et africains doivent être équilibrés. Un défi quotidien.

« C'est un journal très exigeant », confirme Kady Adoum-Douass, une des présentatrices francophones du journal. Sa passion pour le journalisme, la jeune femme de 37ans la tient de son père, un médecin anesthésiste d'origine tchadienne, féru d'actualité. Aguerrie par son passage à i-Télé puis Europe 1, on a dit d'elle qu'elle est l'une des rares présentatrices qui ne souhaite pas être regardée, c'est peut-être le secret de son naturel et de son charisme communicatif. « Mon premier jour à l'antenne d'Arte est arrivé le jour de l'attentat contre Charlie Hebdo », précise Kady, « et j'habite moi-même Boulevard Richard Lenoir à Paris, je viens à Strasbourg une semaine sur deux. Dans ce métier, nos vies et l'actualité sont très rapidement imbriquées... » Une nouvelle donne pour Arte, qui a longtemps évité les présentateurs.

Nouveaux visages, nouveaux virages

Kady Ayoum Douass, comme sa consoeur Marie Labory, vit entre Paris et Strasbourg. Elle incarne désormais une des personnalités fortes d'ARTE version années 2010, après deux décennies de refus de toute « starification ». Tout comme Elisabeth Quin, présentatrice depuis 2015 de « 28 Minutes », une émission de débat diffusée en prime time en France, décalée à minuit en Allemagne. Pour la première fois, la direction a accepté une entorse au parallélisme franco-allemand – pour créer un programme qualifié de « nécessaire ».

Dotée d'un profil hors norme, quinquagénaire, littéraire et rock-and-roll, Elisabeth a été appelée par Arte après 20 ans sur Paris Première. « Un coup de fil providentiel », sourit-elle. « L'idée est venue de la direction pour créer une contre-programmation face au créneau du 20 heures. Pour parler des questions européennes et internationales, à l'inverse des chaînes nationales. Bien sûr, pour cela, on ne pouvait pas choisir un homme, comme dans les grands JT, ni un spécialiste de géopolitique... Au bout d'une saison, nous avons simplifié le format, nous nous sommes recentrés sur l'invité, le plus intelligent possible, puis sur un grand thème d'actu, et des contributions uniques, étonnantes ».

Arte a ainsi manifesté une envie d'incarner la chaîne dans un visage et avec un ton impertinent, au quotidien. Le risque pris a été récompensé. « Nous refusons la culture du clash systématique lié à la surenchère que l'on voit sur les grandes chaînes », ajoute Elisabeth Quin.

ARTE revendique un certain élitisme mais sans tabou. Ses défis restent énormes et sa réussite indéniable... Pour Jacques Bidou, fondateur de JBA Production, des Ateliers Varan et du réseau Eurodoc, formant des producteurs dans toute l'Europe, « la création d'Arte a été un vrai moment de relance de la création au niveau européen, c'est évident. Mais il faut ajouter une nuance : c'est aussi à cause de la détérioration de la télévision de service public en la matière et de la privatisation de la première chaîne française, en 1986. Arte a ensuite eu une influence positive sur France Télévision, jusqu'aux années 2000, la tirant vers le haut. Cela se voit dans la production de documentaires de qualité par France 3 et dans la création de France 5. Exactement comme la création de Channel 4 en 1982 a eu une influence qualitative positive sur la BBC pendant 20 ans. Mais depuis les années 2010, on voit bien que les programmes, dépendant des grilles, se formatent ».

JBA Production a produit les premiers films du Chilien Patricio Guzman, de la Palestinienne Annemarie Jacir, du Cambodgien Rithy Panh, etc. Sur quelque 115 films, long-métrages et documentaires, 69 ont été réalisés avec Arte, soit 60% de leur production. Sur 17 longs-métrages produits avec Arte, 15 ont été présentés à Cannes. « JBA est né en 1987, en même temps que la Sept Arte, et la chaîne nous a permis de connaître un âge d'or. On a beaucoup travaillé avec Channel 4 au Royaume-Uni, avec Allen Fontaine, Canal + puis surtout avec Arte. Encore plus que ces autres chaînes, elle a permis de financer des films, fictions et documentaires, créatifs, audacieux, et des premiers films. Heureusement qu'Arte existe. C'est évident que sans Arte, nous n 'aurions jamais pu produire nos films ».

Jacques Bidou salue le travail de Pierre Chevalier et Thierry Garrel pour une production documentaire et cinématographique d'une qualité irréprochable au sein d'Arte. Thierry Garrel a dirigé l'unité « documentaires » de la chaîne franco-allemande depuis sa création en 1992 et jusqu'en 2008. Sans lui, le documentaire « CIA guerres secrètes », la série « Corpus Christi » et la fameuse collection « Palettes » n'auraient probablement pas vu le jour... Pierre Chevalier a fait le même travail pour la filière cinéma. « Art e a fait monter la création vers la chaîne, ajoute Jacques Bidou, les créateurs ont longtemps proposé leurs sujets. Aujourd'hui, les rôles se sont inversés et les programmateurs deviennent les donneurs d'ordre ».

Avec l'augmentation de l'audience vient en effet le besoin de reproduire ce qui marche, de conserver son public.

Arte, seule face à la crise culturelle européenne ?

Le vrai défi après 25 ans : lutter contre le sentiment anti-européen et les montées du populisme, à travers des documentaires, reportages, films, débats. Les programmes offrent aujourd'hui moins d'histoire et plus d'actualité. La chaîne s'est éloignée de sujets comme la mémoire de la Seconde Guerre mondiale, pour s'attaquer à des sujets plus contemporains, avec des angles nouveaux, développer le cinéma, les fictions, l'investigation, la littérature et la peinture par les événements et expositions.

Fabrice Puchault, directeur de l'Unité Société et Culture estime qu' « Arte n'est pas une géographie, ni un accord franco-allemand, ni une préoccupation institutionnelle, elle est et a une vision. Notre slogan est l'ouverture permanente. Elle est le contraire d'une géographie, des querelles identitaires. La nature de notre média est de fabriquer des récits communs et de nous confronter aux autres visions du monde. L'ouverture, notre valeur commune depuis 20 ans, est certes devenue une valeur de combat. Pour certains, elle paraît clivante. Pas pour nous, car notre métier est de produire du récit documentaire qui résonne pour tous ».

Il cite en exemple I Am Not Your Negro du réalisateur haïtien basé en France, Raoul Peck. Le poster est affiché sur le mur de son bureau... « Le public français y trouve un miroir ; le film a attiré un million de téléspectateurs. Car il permet de nous confronter à cette parole, celle puissante de James Baldwin, un auteur noir américain qui repense radicalement l'histoire de l'Amérique. Nous cherchons à produire des films documentaires qui peuvent ainsi émouvoir, plaire, mais pour changer nos visions du monde. C'est ça le terrain de jeu d'Arte ».

Elle produit des films de réalisateurs du monde entier, du dramaturge franco-marocain Mohamed El Khatib à l'italienne Valeria Bruni-Tedeschi et à Agnès Varda , reçoit 2600 projets de films documentaires par an et en produit une centaine. « Un artiste est quelqu'un qui voit une histoire là où les autres ne l'ont pas vue  », insiste Fabrice, « une richesse, une forme, un énergie. Nous avons la responsabilité de les chercher ».

Mais cette vision est aujourd'hui confrontée à un paradoxe : Plus elle s'ancre, plus le populisme gagne du terrain, en Europe et au delà, avec un risque d'effondrement du modèle démocratique occidental... « Une crise que l'on vit ensemble à l'échelle européenne, des Pays-Bas à la Hongrie en passant par la France et la Pologne, au moment où les cultures européennes sont plus proches que jamais », confirme Vincent Meslet. « Faire comprendre notre passion pour les enjeux européens, tout comme lutter contre le populisme et les critiques anti-europénnes, cela est tellement ancré dans notre ligne éditoriale que l'on n'a même pas besoin de prévoir comment le faire », insiste Carolin Ollivier. Par exemple, dans le journal, au lieu de ne couvrir que la montée de Geert Wilders aux Pays-Bas, on va parler aussi des autres tendances, de l'importance du Parti Vert ».

« Aujourd'hui, l'Europe manque d'un grand média européen, et ça pourrait être Arte », insiste Meslet. « Ce qu'elle fait aujourd'hui, c'est bien mais elle pourrait faire encore mieux. Car, par contre, il est impossible d'imaginer une chaîne complètement communautaire, à 27 pays ».

Véronique Cayla a obtenu un financement de l'Union européenne pour sous-titrer une grande partie des programmes de la chaîne en anglais, espagnol, polonais, et bientôt en italien. C'est son grand projet et un embryon de vision encore plus paneuropéenne des choses. « Notre mission : faire prendre conscience aux Européens que l'Europe est faite, qu'elle est là ! », clame encore Vincent Meslet. « Même nos ruralités se ressemblent ; nous avons pro duit de super documentaires sur le sujet  ». De même, Arte a su prendre très tôt le virage du numérique, qui permet de contourner les frontières mentales. « On a la conviction que l'on peut faire de la télévision sur le web avec intelligence », ajoute Carolin Ollivier, en me faisant visiter la rédaction web et la rédaction jeunesse.

Mais pour certains, Arte risque aussi de se replier sur l'Europe, au détriment des films et programmes d'autres régions du monde, Amérique latine, Turquie, Asie, etc... « Aujourd'hui, elle a besoin de 'noms' du grand cinéma et finance beaucoup moins d'auteurs indépendants », estime Jacques Bidou. « C'est forcément négatif pour les auteurs. Mais tout de même, elle rend les meilleurs films possibles, elle nous permet de passer d'un budget de 500 000 euros par film à 1,5 million. C'est une chaîne énorme car unique, à un moment où l'essentiel de la création est en panne en Europe, dans de nombreux secteurs. Arte reste la fenêtre vers l'ouverture, même si depuis 2005, elle se normalise, ce qui était inévitable. Dans toute l'Europe, les cinéastes les plus créatifs se tournent vers Arte ».

ARTE, Une mission, un engagement pro-européen

Véronique Cayla souhaite ainsi fermement défendre la créativité européenne, elle a même la réputation d'être peu américanophile... Alors, ARTE, une chaîne militante ? Oui, ARTE est une chaîne pro-européenne selon Vincent Meslet. Mais impartiale ! Elle offre aussi des enquêtes critiquant la Commission européenne, le rôle de Goldman Sachs. On peut y critiquer les institutions communautaires. Et il est trop compliqué pour les Etats de faire pression sur les programmes car son fonctionnement est complexe.

Elle s'est aussi engagée sur la crise des réfugiés, par exemple, confirme Bruno Patino. « Le besoin d'ouverture face à cette crise, vu le passé européen, pour nous cela tombait sous le sens. Mais en Europe, la question est devenue source de clivages. Aujourd'hui, définir un projet comme le nôtre, basé sur l'accueil, la curiosité, au delà des intérêts nationaux stricts, c'est une prise de position, un engagement. Et ont le prend sans ambiguïté ni fierté, on en parle entre nous, c'est notre responsabilité ». Selon lui, les téléspectateurs s'y attendent.

Côté allemand, on voit Arte comme un complément de programmes plus qu'une plateforme de financement d'une culture européenne.Selon Vincent Meslet. « Il existe bel et bien une culture européenne à présent qui va au-delà du patrimonial, figé dans le passé, et qui est même haut de gamme. Un programme audiovisuel public, culturel, européen servirait à renforcer cette culture commune ». A ARTE France, c'est plus important. On croit à l'ambition médiatique et à la nécessité de réconcilier les Français très européens et les Français très nationalistes...  

« On dit souvent d'Arte qu'elle est la télé des gens qui lisent... J'ai envie de préciser des gens qui ont l'habitude d'avoir un rapport au monde qui passe par l'écrit », continue-t-il. « La lecture n'impose pas un rythme et demande à l'imagination de travailler. L'écrit permet aussi la complicité des choix. Dans nos récits, en fiction comme en documentaire, on peut en effet demander à nos téléspectateurs de faire un peu de travail, dans les codes. On laisse une grande place aux auteurs du doc ou du film, à la complexité, à la subjectivité, tout en restant accessible ».

Patino pense profondément que la presse, l'édition, la télévision, peuvent être des outils d'émancipation. Arte veut proposer aux gens l'élargissement de leur horizon. « Dans le cas d'I Am Not Your Negro par exemple, l'intelligence sidérante de Baldwin a lliée à la force des images, la beauté d'un Malcom X par exemple, perm ettent d e comprendre ce besoin d'un meurtre symbolique de l'oppresseur par ceux qui essaient de s'émanciper ».

Via un financement public unique et une mission différente des autres chaînes publiques, à vocation transnationale, qui permet de faire autre chose que les chaînes nationales, et malgré les défis, Arte a un bilan qui paraît magique... « Non, ce n'est pas magique, c'est du travail », insiste Bruno Patino, « une cuisine interne compliquée qui en vaut la peine ».

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