Demain, à Jérusalem

Par Oriane Jeancourt Galignani
le Mardi 28 Novembre 2017

jerusalemDemain, à Jérusalem

Wajdi Mouawad nous fait comprendre depuis longtemps qu'une terre se compose de l'ensemble de ses récits, de ses « incendies ». Qu'il n'y a pas de lieu qui ne soit épique, ou tragique. Pour un enfant du Liban, peut-être est-ce une destinée de création.  Ce vendredi 17 novembre, on ne trouvait pas un strapontin de libre à la Colline. Tous des oiseaux, spectacle en hébreu, arabe, allemand, anglais, nous a plongé, quatre heures durant, dans l'histoire d'amour de Wahida et d'Eitan, de la famille de celui-ci, de son passé, de leurs possible destinées communes à Jérusalem. 

Qu'est-ce que Tous des oiseaux ? Chaque spectateur offrira sa réponse, tant la pièce est riche de confrontations, et de réflexions. On peut le voir comme une fresque éclatée, décentrée, d'Israël. Et de Palestine. Une plongée dans la conscience individuelle et collective de cette terre sur laquelle on ne cesse de s'affronter, une voix, neuve et hybride, qui fait entendre, sur une même scène, les drames de chaque côté du mur de séparation. C'est éminemment postmoderne, ce « qui suis-je » qui brouille les mémoires, qui embrasse les époques, et les langues. Mouawad est de la famille des Bolano ou des Magris, un virtuose cosmopolite qui engendre des voix neuves. Un personnage, peut-être, à retenir : une soldate israélienne, choeur à elle-seule de la tragédie en cours, qui vient psalmodier son drame au gré de la pièce. Elle s'appelle Eden. Ça ne s'invente pas, Mouawad fait vivre le paradis, et sa chute sur une même scène. Un très grand spectacle. .

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