Limpides Accords

Comme si souvent, le théâtre des Déchargeurs nous invite à la poésie. Le dispositif est simple : une grande comédienne, Maud Rayer, une pianiste, un texte d'aujourd'hui. Accords de Martine-Gabrielle Konorski est joué à partir du 9 et jusqu'au 13 janvier
Par Oriane Jeancourt Galignani

limpides accordsConnaissez-vous Federico Mompou ? Ce compositeur catalan du siècle dernier est célèbre pour sa musique, que l'on dit saisissante et lapidaire. Au piano de la salle des Déchargeurs, il prend une superbe mesure, une audace harmonique, une fluidité tintillante. Par ses silences, et la délicatesse de ses harmonies, on pense à certains instants à Bach, Chopin. Bref, dès les premiers accords joués par Jacqueline Bourgès-Maunoury, un univers s'installe. Il ne reste qu'à Maud Rayer (en photo) d'entrer en scène, pour que le texte vienne s'entrelacer à la musique, s'accorder comme nous annonce le titre « j'essaie de rencontrer le monde » nous dit-elle très vite. Deux femmes donc, l'une au piano, l'autre à la voix, pour faire naître un récit. Que se raconte-t-il pendant cette heure de recueillement sur la scène des Déchargeurs ? Une séparation. Un amour qui a eu lieu. Une langue qui demeure quand les êtres ne sont plus là : « Allongés sous le ciel/ Ton coeur se coud au mien/Douleur contre douleur ». Maud Rayer que l'on a pu voir à la télévision, au cinéma, notamment chez Schlöndorff, Chabrol ou Jeunet, et au théâtre, plusieurs fois chez Georges Werler entre autres, irradie. De bleu de pied en cap, elle s'approprie le texte de Martine-Gabrielle Konorski et semble l'incorporer, tant par quelques mouvements, quelques pas, inflexions, elle lui donne vie. Il y a la douleur, oui, qui apparait sur son visage pour accompagner les mots, mais il y a aussi la douceur du souvenir, la nostalgie sans doute, la lucidité par instants face à ce qui s'est enfui. Mais au fur et à mesure de la pièce- est-ce l'inépuisable musique de Mompou qui crée cela ?- il semble qu'une nouvelle énergie renait, un espoir, oui, après la douleur : « Enlacés/ dans un ruban de vent/Repliés dans une entaille d'abandon/ Nous sommes les étoiles ». C'est là sans doute ce que nous fait vivre ce spectacle, le noeud du vivant, la fin et la renaissance, ce qu'Hölderlin résumait de sa fameuse sentence, « là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve. »

Photo: Patrick Boccard

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