Un peu menteur

Caprice et sa petite horlogerie sentimentale, ou le renouvellement réussi d'Emmanuel Mouret.
Par Frédéric Mercier

capriceAprès Une autre vie, échappée ratée dans le Midi sur les pentes du mélodrame flamboyant, entre Douglas Sirk et Hitchcock, Emmanuel Mouret revient à ses premières amours. Celles des marivaudages parisiens bourgeois et des bégaiements sentimentaux, entre burlesque placide et comique de chambres. Lui-même, en tant que comédien, est de retour. Le personnage est toujours poli jusqu'à l'obséquiosité, indécis jusqu'à la veulerie. Ici, il tombe amoureux comme dans un rêve d'une comédienne célèbre incarnée par Virginie Efira. Mais au même moment, il est aussi harcelé par Caprice, une petite étudiante sautillante et insupportable campée par Anaïs Demoustier. La belle idée est moins de tabler comme jadis sur le caractère velléitaire de son personnage pour rire de ses hésitations et de la réalité de ses désirs que de saisir avec une douce gravité la façon dont celui-ci s'arrange avec la réalité. Véritable révolution de son cinéma : son personnage n'a plus rien de cauteleux avec les autres. Désormais, devenu adulte, c'est luimême qu'il trompe pour se conformer à un idéal auquel il ne croit pas. Mouret trouve enfin la note amère et juste qui lui manquait.


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