The look of silence de Joshua Oppenheimer

Par Charlotte Garson

Des bourreaux refaisant leurs gestes de bourreaux : c'est presque un lieu commun du documentaire depuis S21 de Rithy Panh. Dans The Act of Killing, Joshua Oppenheimer filmait des liquidateurs de « communistes » impunis, jubilant de détailler leurs pires crimes. Ce deuxième volet accompagne Adi, frère d'une victime, au domicile des criminels. Ophtalmo de métier, il leur fait essayer des lunettes – métaphore appuyée d'un dessillement moral espéré. Mais aux vantardises passées succèdent déni et menace : « Si tu reparles du passé, il va se produire à nouveau. » Comme les paroles de ses parents centenaires, l'écoute silencieuse d'Adi sauve le film d'une naïveté consistant à croire que filmer l'ennemi suffit à le neutraliser. Un malaise naît cependant du décalage entre l'attente du cinéaste (recueillir des aveux, voire enclencher un procès historique) et celle d'Adi, déçue d'avance. Il suffit de visionner comme il l'a fait les rushes du précédent film pour comprendre que l'aveuglement de ces hommes est voué à se répéter.

Why Not Productions. Sortie le 30 septembre

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