Pour le plaisir

Couronné à Cannes d'un Prix du jury mérité, The Lobster est de loin le meilleur film de Yorgos Lanthimos.
Par Sidy Sakho

Alps (2012), le précédent film de Yorgos Lanthimos, n'annonçait rien de bon pour la suite. D'un postulat stimulant (comment se substituer à un disparu auprès de ses proches ?), l'auteur de Canine (2009) tirait un film asséché, prétentieux, vite lassant. Mais notre enthousiasme devant The Lobster est à la hauteur de nos appréhensions initiales. En centrant la fiction sur un personnage principal tout de suite identifiable, David (Colin Farrell, sans nul doute dans son meilleur rôle), le cinéaste parvient dès les premières scènes à instaurer une attente. Cet homme bedonnant, accompagné d'un chien qu'il présente comme son frère, est accueilli pour quarante-cinq jours dans un hôtel tenant lieu de site de rencontre. Des hommes et femmes célibataires disposent en effet de ce laps de temps pour trouver leur moitié. En cas d'échec, ils deviennent des « solitaires » chassés par les autres résidents en vue d'une métamorphose en l'animal de leur choix. Préférence de David : le homard (le lobster du titre).
Dans le premier acte, notre antihéros est à la fois observateur des relations des autres (qui se « rencontre » vraiment ; qui triche en se fabriquant des points communs avec la femme qui l'intéresse...) et acteur consentant de cette grande mascarade. Les maîtres d'hôtel organisent tous les jours un bal supposé aider les célibataires à s'aborder, danser, prendre contact. Une voix off féminine (dont on comprendra plus tard qu'elle est celle d'un personnage clé du film), associée au point de vue de David, souligne la dimension de simulacre de ces relations factices. Sous cette apparence fest ive, cette lumière artificielle, n'interagissent que des hommes et femmes qui se savent surveillés, toujours conscients que leurs jours sont littéralement comptés. Tout comme dans Alps, Lanthimos repose la question du faux, de son empire généralisé sur le monde. Mais en prenant le temps d'installer un cadre suffisamment caractérisé pour accompagner l'évolution d'un seul personnage, il parvient cette fois à donner chair à son imaginaire volontiers retors.

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