Léo est un loup pour l'homme.

Avec The Revenant, Alejandro González Iñárritu sort ses griffes dans une odyssée sauvagement poétique qui prend aux tripes. Le favori des Oscars.
Par Maud Antigna

the revenantIl faut souffrir pour être beau, le cinéma ne fait pas exception à la règle. Et ni le vaillant Leo DiCaprio ni son exigeant metteur en scène sur The Revenant ne diront le contraire. En recevant le Golden Globe du meilleur réalisateur, Alejandro Iñárritu avoua même : « La douleur reste temporaire, un film est éternel. » C'est dire si le tournage a été une souffrance pour toute l'équipe du film qui a dû braver le froid, les démissions de certains et l'attente du plan parfait. Car tout s'est fait à la lumière naturelle dans les décors sauvages du Canada et de l'Argentine pendant neuf mois. Le temps de mettre au monde un beau bébé de deux heures trente dont le cri résonne longtemps. Le cinéaste mexicain s'initie avec brio, un an à peine après Birdman, au western d'aventures sanglant. Une audace qui lui vaut pas moins de dix nominations aux Oscars, dont celle du meilleur film. Un accueil mérité puisqu'il s'agit sans doute de son oeuvre la plus aboutie, quinze ans après Amours chiennes.

En adaptant l'ouvrage de Michael Punke, Alejandro Iñárritu relate l'épopée vengeresse de Hugh Glass, un trappeur qui, en 1823, brava les pires tempêtes et les bêtes les plus féroces pour rattraper le traître (incarné par l'excellent Tom Hardy) qui avait tué son fils. S'ensuit une longue traversée des monts enneigés aux côtés d'un Leonardo DiCaprio au sommet de son art. Notamment lors d'une scène d'anthologie où l'éclaireur se fait attaquer par un ours. Un combat entre l'homme et l'animal d'une telle crédibilité qu'elle en ferait presqueoublier la prouesse technique de la 3D derrière le jeu d'acteur admirable.

Au-delà du thème de la résurrection quasi mystique d'un surhomme animé par le désir de vengeance, cette épopée nous plonge dans le choc des civilisations entre les Blancs et les Indiens dans l'Amérique du xixe siècle. Le scénario réhabilite la sagesse des peaux-rougesface à la sauvagerie des racistes de tous bords, les Français d'alors n'étant pas épargnés.

Il s'agit néanmoins plus d'une fresque poétique qu'historique. Et quoique parfois brutal, le poème peut rappeler Francis Bacon par sa sauvagerie furieusement esthétique. Notamment quand Hugh Glass éviscère son cheval mort pour s'abriter dans la carcasse en attendant la fin de la tempête dont il finira par sortir nu comme un ver rouge de sang. On retiendra aussi cette façon si singulière d'avancer sa caméra en accéléré vers les visages de ses personnages, quitte à embuer l'objectif du souffle d'un père devant le cadavre de son fils. Dans un ballet d'images savamment orchestrées à la manière d'un Terrence Malick qui aurait retrouvé son inspiration, Iñárritu ne nous lâche pas pour mieux nous faire déguster.

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