« Je voulais un film qui donne la patate »

Nouvelle voix du cinéma français, Rachel Lang signe un premier long prometteur, Baden Baden. Une comédie existentielle très maîtrisée.
Par Sidy Sakho

baden badenRemarqués en festival, les deux courts métrages de Rachel Lang, Pour toi je ferai bataille (2010) et Les navets blancs empêchent de dormir la nuit (2011), témoignaient d'une vision très personnelle du cinéma que conforte largement ce premier long, Baden Baden. On y retrouve Ana (Salomé Richard, actrice géniale que l'on espère voir plus souvent) qui retourne passer l'été au bercail, à Strasbourg. Travaux dans la salle de bains de la grand-mère, perte du permis de conduire, retrouvailles avec un ex – autant de menus épisodes qui transcendent la chronique postadolescente réaliste pour donner une fiction riche de possibles, au ton toujours changeant. Entretien avec une cinéaste juste, avant tout soucieuse de mettre en valeur tous les personnages.

Sidy Sakho : Baden Baden est la troisième fois que vous suivez le personnage d'Ana, incarné par Salomé Richard, après vos deux premiers courts métrages, Pour toi je ferai bataille et Les navets blancs empêchent de dormir la nuit. Diriez-vous que c'est une suite directe ?

Rachel Lang : C'est le troisième volet d'un triptyque plutôt qu'une suite. Chaque film est autonome, mais le même personnage parcourt les trois, essayant de devenir « Homme » avec un grand h.

S.S.: Que signifie « devenir Homme » ?

Rachel Lang : On ne naît pas Homme, on le devient. Il y a un travail tout au long de la vie pour essayer de comprendre les relations entre les choses, se battre contre les idées inadéquates, les choses qui nous font perdre en puissance pour agir, devenir un individu singulier.

S.S.: Comment définiriez-vous Ana ?

Rachel Lang : C'est une nana qui a du mal à trouver un sens, une direction. Elle est toujours un peu en combat pour trouver sa place par rapport aux autres.

S.S.: Lui donneriez-vous une filiation parmi d'autres personnages de jeunes adultes du cinéma français ?

Rachel Lang : On fait souvent le parallèle avec Antoine Doinel.

S.S.: Votre actrice principale, Salomé Richard, est très physique. Vous la déshabillez souvent. Est-ce facile de demander à une actrice de s'investir autant ?

Rachel Lang : Il y a un truc particulier, c'est que Salomé est belge, et les acteurs belges sont très « libres »...

S.S.: Décomplexés, pas trop cérébraux...

Rachel Lang : C'est ça. Moins que les acteurs américains ou français en tout cas. Tout de suite à fond dedans. Salomé n'a aucune pudeur, donc il n'y a jamais eu de problème.

S.S.: Baden Baden est un film très peuplé. Vous donnez à chaque personnage une réelle importance. Pouvez-vous nous parler de votre manière de penser les seconds rôles ?

Rachel Lang : Les personnages secondaires sont des personnages principaux parce que ce sont eux qui dessinent le portrait d'Ana par petites touches pointillistes. J'avais envie de mettre une constellation de personnages secondaires au premier plan, d'une importance similaire, qui imprègnent Ana et construisent son identité. Le film est la somme de toutes ces rencontres qui infusent en elle et la font grandir.

S.S.: Vous construisez une relation particulièrement forte avec sa grand-mère...

Rachel Lang : Pour moi, le thème intergénérationnel est très important. On n'a pas les mêmes relations avec ses parents qu'avec ses grands-parents. Il y a un sas de décompression qui facilite la relation. Elles ne parlent pas de sujets de fond, mais on sent que sa grand-mère a toujours été à l'écoute, l'a toujours soutenue. Mais elle ne construit pas une douche seulement pour sa grand-mère. Elle ne sait pas quoi faire de sa vie. Même si elle ne connaît rien en carrelage et plomberie, elle saisit cette perche pour se sauver, le temps de cet été où elle n'a rien d'autre à faire.

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