Guet-apens amoureux

Tom Ford revient brillamment avec Nocturnal Animals, thriller aussi trouble que classieux. Sous le glacis des images, une histoire de vengeance tortueuse.
Par Nathalie Dassa

nocturnesTom Ford confirme qu'il est un cinéaste de plus en plus prometteur. Sept ans après l'excellent A Single Man, le styliste, scénariste et réalisateur, ancien directeur artistique de Gucci et d'Yves Saint Laurent, signe aujourd'hui une nouvelle adaptation, tirée du roman Tony et Susan d'Austin Wright. Ce thriller noir postmoderne fascinant, entre Hitchcock et De Palma, mêle habilement drame sentimental de vengeance et film arty. Nocturnal Animals, reparti avec le Lion d'argent à la dernière Mostra de Venise, se concentre sur Susan (superbe Amy Adams), une marchande d'art de Los Angeles, élégante,  snob, insomniaque et insatisfaite, qui reçoit un manuscrit de son ex-mari (Jake Gyllenhaal) qu'elle a quitté brutalement il y a des années. On suit ainsi, en parallèle, les vicissitudes de cette femme, délaissée par son riche époux (Armie Hammer), dans l'existence morne de son royaume de privilèges, et ce roman centré sur un homme - alter ego de sonex -, dont les vacances familiales, avec son épouse et sa fille, le confrontent à une épreuve tragique. Il demande justice auprès d'un détective laconique (excellent Michael Shannon). Tom Ford alterne dès lors réalité et fiction, tissant un psychodrame âpre et toxique sur l'obsession, la revanche, la trahison, la dévastation émotionnelle et la mort. Dès la séquence d'ouverture, il manipule les équivoques, célébrant autant la laideur provocatrice que la beauté insatisfaisante du paraître et du matérialisme. Il reprend ses thèmes de prédilection, comme le deuil, la rupture et la douleur amoureuse, tout en abordant la résilience à travers le processus d'écriture. Mais le cinéma de Tom Ford, c'est aussi l'esthétique léchée et épurée, l'élégance provocante et sensuelle et une mise en scène gracieuse et sensible. La photographie soignée de Seamus McGarvey intensifie l'ensemble, avec une palette de couleurs dépeignant distinctement les univers : le désert ocre et chaud du Texas white trash de l'enquête du roman ; le Los Angeles métallique, guindé et clinquant ; et les flashbacks aux teintes chaudes à New York. Tom Ford parvient à confronter ses personnages à leur solitude, leurs faiblesses, leurs frustrations, leurs regrets et à leurs actes manqués. Progressivement ce monde fictif et cruel devient plus réel que l'existence morose de cette femme dont l'évolution mentale la pousse à réévaluer sa situation actuelle et à réexaminer son passé. Toutes ces histoires entrelacées, renforcées par les variations musicales d'Abel Korzeniowski, explorent intelligemment les angoisses multiples, comme l'inertie créative, l'infidélité, les règles familiales à travers la mère autoritaire et conservatrice de Susan (Laura Linney), la perte de contrôle, la peur de l'échec et le rejet. OEuvre cathartique, un peu caricaturale mais qui trouve pleinement sens et profondeur dans la superficialité.

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