Exorciser les peurs

Stephen Dunn fait preuve d'audace dans Closet Monster, son premier long métrage dans lequel il aborde l'adolescence, l'identité, l'homosexualité et l'homophobie
Par Nathalie Dassa

closet monsterAprès plusieurs courts métrages, le cinéaste canadien signe sa première oeuvre longue, qui explore des thématiques certes usitées sur le passage à l'âge adulte, l'homosexualité et les désirs amoureux, mais qu'il parvient à extraire du terrain balisé du genre, à travers une approche surréaliste. Closet Monster est un film chargé de douleur et ce, dès l'ouverture, placée à hauteur d'enfant, via des gros plans, des flous et une musique imprégnée de tension. Dès son plus jeune âge, Oscar se confronte à des situations difficiles : la séparation de ses parents et le crime homophobe d'un camarade dont il est témoin dans le cimetière de sa ville. Deux traumatismes qui vont le hanter jusqu'à son adolescence. Il trouve le moyen de combler son vide affectif auprès de son hamster, offert par ses parents le jour de leur rupture, qui lui parle avec la douce voix d'Isabella Rossellini. Devenu un adolescent solitaire et créatif (efficace Connor Jessup), voué à la photographie, Oscar s'est lié d'amitié avec Gemma (Joanne Kelly), qui rêve de faire carrière dans le cinéma. Les sentiments de cette jeune femme à son égard vont lui faire comprendre progressivement ce qu'il est. Si Dunn continue de manipuler en apparence les clichés du teen-movie, le récit prend des chemins de traverse lorsque son personnage rencontre Wilder (Aliocha Schneider). L'identité sexuelle de ce garçon libre et rebelle joue sur les ambiguïtés, confrontant Oscar à ses démons. Car parallèlement, sa relation avec son père, avec lequel il vit, devient de plus en plus insupportable. Dans ce tumulte existentiel, le réalisateur offre des scènes qui brouillent les frontières de la réalité. Drame psychologique, horreur et fantastique s'entremêlent alors avec efficacité pour nous plonger dans des instants douloureusement réels. Car les désirs d'Oscar le ramènent sans cesse à une image, ce crime homophobe. Un mal tapi dans le ventre. Il y a dès lors quelque chose de Cronenberg dans le film de Dunn. Le travail sur la photographie et la musique électronique galvanise l'ensemble. Closet Monster exprime les peurs et les désirs à travers ce personnage qui, pour se libérer, doit apprendre à reconstruire sa psyché.

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