Dallas buyers club

Par Frédéric Mercier

dallas buyers clubJean-Marc Vallée, le cinéaste glam qui venait du froid. Le réalisateur québécois de Crazy s'offre une virée caniculaire au Texas, auprès des rednecks racistes. Parmi eux, un certain Ron Woodrof : cow-boy vieillissant des années quatre-vingt aimant les rodéos, les filles faciles et les blagues sur les homos. Quand Ron apprend qu'il a été diagnostiqué séropositif, et qu'il lui reste trente jours à vivre, il cherche un traitement miracle. Rejeté par ses anciens copains, l'homophobe d'hier se noue d'amitié avec un trans (Jared Leto) et ouvre un petit dispensaire. Moyennant 400 dollars, il fournit des médicaments non approuvés par la FDA (agence américaine des produits médicamenteux) contre laquelle il engage un combat. Vallée a deux bonnes idées pour éviter à son script hagiographique de trop faire voir son côté christique, prêchi-prêcha en diable. D'abord de mêler son esthétique glam (couleurs des habits, morceaux de T. Rex) à la ruralité texane dans un montage morcelé ; ce qui donne au film une patine Nouvel Hollywood – cinéma dont les héros marginaux ont l'air d'intéresser Vallée. Ensuite de camper des personnages rebelles comme Ron, incarné ici McConaughey. Ça, c'est l'autre bonne idée : Vallée le filme de très près, en gros plans, fait voir son côté plouc et son irrésistible charisme. Quelque chose comme un mélange de Burt Reynolds, John Carpenter et Robert Duvall. Sorte de prédicateur d'un ordre fait de malades réprouvés sous Reagan, le comédien creuse avec son cinéaste une piste passionnante : les vrais rebelles américains étaient capables de retarder la mort dès lors qu'ils avaient encore un coup à jouer ou une vanne sous le chapeau. Ces héros-là, comme Ron, ceux du Nouvel Hollywood, étaient rétifs à toute forme de puissance. Ce sont eux qu'il faut aujourd'hui remettre en selle.

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